Qu'est-ce qu'un livre ancien ? La définition d'un libraire

Qu'est-ce qu'un livre ancien ? La définition d'un libraire

Vous préparez votre déménagement. Dans le fond du grenier, sous d'épaisses couvertures, quelques vieilles caisses de livres surgissent. Pages jaunies, couvertures défraîchies, odeur de vieux papier : des livres anciens.

C'est le réflexe naturel. On applique aux livres la distinction qu'on fait entre la librairie de neuf et le libraire d'ancien, le bouquiniste. Tout ce qui n'est pas neuf devient vaguement ancien. Le langage courant fonctionne ainsi.

Le langage du métier, lui, est plus précis. « Livre ancien » est une terminologie professionnelle qui recouvre un sens précis, daté, codifié. Un vieux livre n'est pas forcément un livre ancien. Pourquoi ?

« Livre ancien » : un terme de métier, pas un adjectif

Dans le commerce du livre, « ancien » n'est pas une impression vague. C'est une catégorie codifiée par le SLAM, le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne : les anciens couvrent la production des origines de l'imprimerie jusqu'aux années 1830, les romantiques de 1830 à 1880, et les modernes à partir de 1880.

Sur le site de la librairie KOEGUI, cette logique se lit directement dans le menu : la littérature, XIXe et XXe siècles, forme un ensemble ; les livres anciens, une catégorie à part entière. Une subdivision de nature, pas d'époque.

La frontière de 1830 n'est pas arbitraire. Elle correspond à une rupture industrielle précise : le chamboulement d'anciennes pratiques artisanales héritées de Gutenberg. C'est pourquoi, comme l'écrit Anne Lamort dans La bibliophilie : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais avoir osé le demander (SLAM, 2021), on appelle « indistinctement les livres de cette longue période des anciens ».

Tout comme « rare » ne s'apprécie pas à la louche, « ancien » désigne une réalité technique, pas une impression d'antiquité propre à chacun.

La frontière de 1830 : l'innovation après trois siècles et demi d'une même technique

Avant 1830 : le livre artisanal

Pendant près de quatre siècles, les techniques du livre n'ont pas bougé. Le papier est fabriqué à la main dans des moulins, feuille par feuille, à partir de chiffons de lin ou de chanvre. Ce papier vergé, reconnaissable aux traces parallèles laissées par la forme de fabrication, est souvent filigrané : le fabricant y intègre sa marque, visible par transparence.

L'impression se fait à la presse à bras, caractère par caractère, au rythme de quelques centaines de feuilles par jour au mieux. Febvre et Martin le résument d'une formule : « la façon dont on imprimait toujours en 1787 [...] était telle que Gutenberg ressuscité [...] s'y serait, à quelques minuscules détails près, immédiatement reconnu chez lui » (L'Apparition du livre, Albin Michel, 1958).

Après 1830 : le livre industriel

La machine à papier continu, les rotatives, puis le papier de bois changent radicalement la donne. Le papier chiffon artisanal cède progressivement la place à un papier produit à partir de pâte de bois. Ce changement de nature permet des tirages plus importants et réduit considérablement les coûts de production. La contrepartie : un papier acide, dont la dégradation s'accélère avec le temps. En cause, la lignine présente dans les fibres de bois qui, une fois exposée à la lumière, « devient un facteur puissant d'oxydation » (Yann Sordet, Histoire du livre et de l'édition).

C'est précisément pour cette raison que la librairie KOEGUI n'acquiert des ouvrages romantiques et modernes qu'en très bon état de conservation, et privilégie les exemplaires tirés sur grand papier : ces tirages de luxe, réservés à un petit nombre d'exemplaires imprimés sur des papiers de qualité supérieure (Hollande, Japon, Chine), échappent en grande partie aux effets les plus délétères de l'acidité, comme le jaunissement, et conservent leur fraîcheur dans le temps.

Le phénomène est suffisamment sérieux pour que la BnF ait engagé, dès 1988, un programme de désacidification de masse de ses collections modernes, toujours en cours.

L'œil de la librairie KOEGUI : la pureté d'un papier Japon ou d'un Hollande est telle que nous indiquons régulièrement des ouvrages du XIXe ou du XXe siècle comme étant dans un état « proche du neuf ». Le grand papier tient ses promesses.

Ancien ne veut pas dire précieux : ce que le marché regarde vraiment

Non. C'est là que l'idée reçue résiste le plus.

Des millions de livres imprimés avant 1830 ont survécu en quantités importantes. Une édition du XVIIe siècle des œuvres d'un poète célèbre comme Boileau, tirée à cinq mille exemplaires, sans grand papier ni provenance notable, aura une valeur marchande bien éloignée de celle d'une édition originale d'un auteur recherché des années 1960 tel que Georges Perec. Pour rappel, Febvre et Martin indiquent qu'à Venise en 1471, Wendelin de Spire, pionnier de l'imprimerie à Venise avec son frère Jean, imprimait déjà certains ouvrages à mille exemplaires, « chiffre qualifié d'énorme pour le temps ».

La valeur d'un livre résulte d'un alignement de facteurs : tirage d'origine, survie des exemplaires, qualité de l'exemplaire, désirabilité actuelle sur le marché. Ce que le marché demande, ce n'est pas « est-ce vieux ? » mais « est-ce rare et recherché ? ».

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Ce qui fait qu'un livre est rare : Qu'est-ce qui rend un livre rare ?

Comment lire une notice de librairie ancienne ?

Colophon, plein vélin, fleurons, mors fendu, collation, rousseurs, elzévir, reliure à la fanfare. Au premier regard, le lexique des notices de livres anciens donne le tournis. C'est voulu : non par obscurantisme, mais par nécessité. Avant les photographies et les fiches en ligne, une notice devait seule permettre d'identifier un ouvrage. Le vocabulaire s'est construit sur des siècles de pratique exactement pour cette raison : dire en deux mots ce qu'une description approximative dirait en dix lignes.

Pour s'y retrouver, la librairie KOEGUI tient un dictionnaire du bibliophile à la disposition des amateurs. Plus de cent termes définis, du plus courant au plus technique. Consulter le dictionnaire

Questions fréquentes

Comment s'appelle un livre ancien dans le langage professionnel ?

Dans le commerce du livre, « livre ancien » est le terme technique qui désigne tout ouvrage produit avant 1830. Ce que le langage courant appelle « vieux livre », « bouquin » ou « livre d'occasion » recouvre des réalités très différentes : un roman des années 1970 vendu sur un vide-grenier est un livre d'occasion ; un traité de droit du XVIIe siècle en plein vélin est un livre ancien.

Quelle différence entre un livre ancien et un livre rare ?

Un livre ancien est défini par sa période de fabrication : avant 1830. Un livre rare, par sa désirabilité sur le marché : tirage faible, exemplaires disparus, demande forte. Un livre peut être ancien sans être rare, et rare sans être ancien. Qu'est-ce qui rend un livre rare ?

Comment dater un livre ancien ?

Plusieurs indices matériels permettent de l'identifier : la page de titre en premier lieu, le colophon à défaut, la typographie et la reliure.

Que sont les livres romantiques ?

La catégorie SLAM désignant les ouvrages produits entre 1830 et 1880, première phase de l'édition industrielle.

Que sont les livres modernes au sens bibliophilique ?

Les ouvrages produits à partir de 1880, avec généralisation du papier de bois. C'est dans cette catégorie que se trouvent les tirages de tête sur grand papier, Hollande ou Japon, aujourd'hui les plus recherchés des bibliophiles.

Comment s'initier à la bibliophilie ?

Plusieurs ouvrages font référence. La bibliographie Thélème, produite par l'École nationale des chartes (Sorbonne), en recense les plus solides : Febvre et Martin, Martin et Chartier, Gaskell. Pour une entrée plus directe dans le métier, La bibliophilie d'Anne Lamort (SLAM, 2021) reste le point de départ le plus accessible. Notre dictionnaire du bibliophile

Qui achète des livres anciens ?

En premier lieu : les libraires. Au sein du SLAM, chaque libraire a sa spécialité et achète en fonction. La librairie KOEGUI est spécialisée dans la littérature des XIXe et XXe siècles : éditions originales, grands papiers, livres illustrés. Cela dit, si vous nous proposez une édition originale des Liaisons dangereuses ou de Gargantua, nous restons ouverts. Dans tous les cas, contactez-nous.

Vous possédez des livres anciens et souhaitez connaître leur valeur ? Membre du SLAM et de la LILA, la librairie KOEGUI propose une estimation gratuite et sans engagement, à distance ou sur rendez-vous à Bayonne. L'expertise est indépendante de tout engagement d'achat.

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Sources

  • Anne Lamort, La bibliophilie, SLAM, 2021 | www.slamlivrerare.org

Vous pouvez consulter notre sélection de livres anciens ou nous contacter pour toute estimation sur rendez-vous à Bayonne. Retrouvez-nous au Salon du Livre Rare de Paris organisé par le SLAM.

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