Collection: Littérature Étrangère

En 1857, un poète français de trente-six ans donne à lire en France un conteur américain mort à Baltimore en 1849, presque inconnu de ce côté de l'Atlantique.

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Le poète est Baudelaire, le conteur Edgar Poe, et la traduction qu'il signe pour les Nouvelles histoires extraordinaires fera date. Une œuvre étrangère n'entre pas dans une langue toute seule : il lui faut une traduction puis une édition. Russes, américains, hispanophones, tous, une fois traduits, enrichissent notre vision de la littérature. C'est cette date-là, celle de l'édition originale française, que recense cette collection. On y cherche le moment où un texte venu d'ailleurs devient disponible en français pour la première fois, en grand papier comme sur papier courant, broché ou dans de grandes reliures signées. Estimation gratuite sur demande.

361 produits

L'édition originale française d'une œuvre étrangère se date à sa parution chez l'éditeur français, pas à celle de l'originale dans la langue de départ. La distinction n'est pas une coquetterie : ce sont deux pièces différentes. Un titre différent, une langue différente, un éditeur différent, mais les mêmes critères de valeur.

Le cas Poe le montre d'emblée. Nos Nouvelles histoires extraordinaires portent l'adresse de Michel Lévy Frères, Paris, 1857, dans la traduction de Baudelaire dont la préface ouvre le volume. Un volume qui n'a pas son équivalent en anglais puisque Baudelaire rassemble ici des histoires composées par Poe au fil des années. À l'intérêt général du livre s'ajoute l'extrême qualité littéraire de la traduction de l'auteur des Fleurs du mal, faisant des Nouvelles histoires extraordinaires un livre recherché des bibliophiles. Baudelaire n'y a pas fait tirer de grands papiers : l'exemplaire de tête, ici, n'existe pas, ce qui déplace la rareté vers la qualité de l'exemplaire.

Car tout le monde n'a pas la possibilité de découvrir des œuvres dans la langue d'origine, la traduction permet d'offrir au public l'accès à des univers jusque-là inconnus. Un français voyage alors depuis les cataractes de l'Amazone aux confins de la Russie, comme c'est le cas dans L'Idiot de Dostoïevski, qui paraît en français chez Plon-Nourrit en 1887, en deux tomes in-8. La traduction est de Victor Derély, qui avait déjà donné Crime et châtiment en 1884 et Les Possédés en 1886, et la préface revient à Eugène-Melchior de Vogüé, au moment où son essai sur Le Roman russe venait de paraître. C'est dire si l'édition arrive dans un courant précis : celui par lequel la France découvre ces nouveaux auteurs russes, après les pionniers comme Gogol. L'exemplaire est relié en demi-maroquin anthracite signé P.-L. Martin, couverture et dos conservés, tête dorée.

Le grand papier, quand il existe, sépare l'exemplaire courant de l'exemplaire de tête. Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley en donne la mesure. L'originale anglaise, Brave New World, paraît à Londres chez Chatto & Windus en 1932 ; l'édition originale française de la traduction de Jules Castier suit chez Plon en 1933, in-8 de 331 pages. Notre exemplaire est l'un des 59 de tête numérotés sur pur fil, en maroquin noir de l'époque, dos à nerfs, non rogné. Cinquante-neuf exemplaires de tête sur l'ensemble du tirage : c'est ce chiffre, et non la seule notoriété du roman, qui situe la pièce.
Sur la route de Kerouac pousse la même logique à son extrême. L'édition originale française paraît chez Gallimard en 1960, collection Du monde entier, in-8 de 380 pages, dans la traduction de Jacques Houbard. Notre exemplaire est l'un des 42 sur vélin pur fil Lafuma-Navarre, seul grand papier du tirage. La reliure, elle, est signée Hugo Liesen et datée 2020 : plein requin noir mosaïqué de bandes de cuir blanc, sous chemise et étui bordé.
Quatre éditions, quatre traducteurs, une même règle : la valeur tient à la notoriété de l'auteur, à l'édition originale et, le cas échéant, au grand papier et à la reliure signée. Estimation gratuite sur demande.